Le Gers occupe une place particulière sur le chemin de Compostelle : ni le plus spectaculaire, ni le plus fréquenté, mais sans doute l’un des plus paisibles à parcourir, entre collines douces, bastides et vignobles d’Armagnac. Pour qui hésite à se lancer sur la totalité du parcours, ce tronçon offre une excellente introduction à la marche au long cours.
La via Podiensis, le tracé historique
La via Podiensis, qui relie Le Puy-en-Velay à la frontière espagnole, traverse le Gers du nord-est au sud-ouest sur une centaine de kilomètres, généralement parcourus en quatre à cinq jours de marche. Ce tracé, l’un des plus anciens et des mieux balisés de France, suit d’assez près l’itinéraire emprunté par les pèlerins depuis le Moyen Âge, avec ses variantes locales mais un fil directeur resté globalement stable au fil des siècles.
Les étapes gersoises incontournables
Lectoure, perchée sur son promontoire, marque une des haltes les plus marquantes du parcours gersois, avec sa cathédrale et ses ruelles qui dominent la vallée sur des kilomètres à la ronde. Un peu plus loin, La Romieu surprend les marcheurs avec sa collégiale Saint-Pierre, classée au patrimoine mondial de l’Unesco au titre des chemins de Compostelle, et son petit cloître gothique niché derrière l’église, l’un des plus intacts de la région.
Entre ces deux étapes, le tracé traverse une succession de petits hameaux, de champs de tournesols l’été et de vignes d’Armagnac, avec très peu de circulation automobile, ce qui en fait un parcours particulièrement reposant comparé à d’autres tronçons plus urbains du chemin.
Les gîtes, une offre dense et abordable
Le réseau de gîtes d’étape le long de la via Podiensis reste l’un des plus développés de tous les chemins de Compostelle en France, avec des nuitées généralement comprises entre 15 et 25 euros en dortoir, repas du soir souvent proposé sur place. Réserver la veille ou l’avant-veille suffit la plupart du temps hors période estivale, mais mieux vaut anticiper davantage en juillet et août, quand l’affluence des marcheurs français rejoint celle des pèlerins internationaux.
Le crédencial, un sésame simple à obtenir
Le crédencial, ce petit carnet qu’on fait tamponner à chaque étape, sert à la fois de preuve du parcours effectué et de souvenir tangible du chemin. On se le procure facilement avant le départ, auprès d’une association jacobaire ou d’un office de tourisme situé sur le tracé, pour quelques euros. Chaque gîte, chaque église et souvent chaque office de tourisme dispose de son propre tampon, ce qui transforme le carnet, au fil des jours, en un vrai journal de voyage illustré.
Conseils pratiques avant de partir
- Prévoir un sac léger, dix à douze kilos maximum, chaussures déjà rodées avant le départ pour éviter les ampoules des premiers jours.
- Marcher tôt le matin en été, pour éviter les heures les plus chaudes de l’après-midi, fréquentes dans le Gers de juin à août.
- Emporter peu de vêtements, mais adaptés à toutes les météos : la logique d’une garde-robe pensée pour durer vaut aussi pour un sac à dos de pèlerin.
- Vérifier les jours de fermeture des petits commerces en chemin, nombreux à fermer le dimanche dans les villages les plus discrets.
Marcher seul, en couple ou en petit groupe
Le tronçon gersois se prête particulièrement bien à une première expérience de marche au long cours, y compris en solo : le balisage reste très fiable, avec ses coquilles jaunes et ses flèches peintes sur les murs et les poteaux, et les villages traversés offrent suffisamment de monde pour ne jamais se sentir isolé, sans pour autant croiser la foule des tronçons espagnols les plus fréquentés. Beaucoup de marcheurs solitaires racontent d’ailleurs s’être trouvé des compagnons de route pour une étape ou deux, au hasard d’un gîte partagé, avant de reprendre chacun leur rythme le lendemain.
Ce qu’on emporte, ce qu’on laisse à la maison
La tentation, pour un premier chemin, est souvent d’emporter trop : une trousse de secours complète, plusieurs tenues de rechange, des livres pour le soir. L’expérience apprend vite l’inverse : deux tenues de marche qui sèchent en une nuit, une paire de sandales légères pour le soir, et une trousse de toilette réduite à l’essentiel suffisent largement. Chaque kilo superflu se fait sentir dès la deuxième étape, en particulier dans les quelques passages plus vallonnés que compte le tracé gersois, notamment autour de Lectoure.
Pourquoi s’arrêter en chemin plutôt que d’enchaîner
Beaucoup de marcheurs, pressés d’avancer vers l’Espagne, traversent le Gers sans vraiment s’y arrêter, ce qui reste une erreur pour qui a le temps. Une nuit supplémentaire à Lectoure, avec un détour par les thermes voisins pour reposer les jambes, transforme une simple étape de transit en un vrai moment de pause dans un parcours par ailleurs assez exigeant physiquement, y compris pour les marcheurs entraînés.
L’Agence des chemins de Compostelle publie des cartes détaillées et des informations à jour sur l’hébergement, utiles pour préparer ce tronçon avant de partir. La collégiale Saint-Pierre de La Romieu mérite à elle seule qu’on prenne le temps d’une visite guidée, plutôt qu’un simple passage devant sa façade. Et pour le sac à dos, les mêmes principes qu’une garde-robe pensée pour durer s’appliquent : peu de pièces, mais choisies avec soin.







